3 MOIS

Hello hello,

J’aimerai encore une fois remonter le temps parce qu’aujourd’hui l’homme de ma vie a eu 3 mois. J’aimerai pouvoir dire que c’est passé vite mais en fait non pas tant que ça. Les coliques, les pleurs, le manque de sommeil, la grande à aimer toujours aussi fort, la maison, la pluie, le froid….je me suis sentie un peu seule par moment, un peu abattue, un peu en panne d’énergie de solution….mais jamais d’affection! Bah oui la maternité c’est ça aussi, ce n’est pas toujours tout rose comme dans les films. C’est difficile, il faut de l’endurance, de la pugnacité et du courage pour faire de son mieux! Parce qu’il ne s’agit jamais d’y arriver….il s’agit de faire de son mieux et c’est déjà pas mal….la parentalité c’est un peu comme l’éducatif ; on sait qu’on y est arrivé (à peu près) plus tard, quand ils sont devenus adultes et qu’ils font leur propres choix….et si les graines qu’on a planté sont les bonnes alors ils feront les bons ou au moins ils se relèveront de la chute….En même temps, j’ai envie de vous dire que si les mioches étaient livrés avec un mode d’emploi ce serait certainement moins drôle.

En tout cas toute cette histoire commence au moment où vous vous faites pipi dessus…..et oui il était une fois! En fait, perdre les eaux c’est exactement comme avoir une mega, giga, fuite urinaire qui ne s’arrête pas…. Et ce lundi 6 novembre lorsqu’une partie de ma dignité s’est barrée avec les eaux alors le plan s’est mis en marche! Et oui chez moi, chez nous c’est comme ça ; on vit en bande, on est un clan et cet évènement là c’est aussi en clan qu’il s’est vécu….Un appel à ma sœur, incrédule, elle croyait à une énième blague de ma part….On l’avait tellement attendu cet appel, elle de le recevoir, moi de le passer ; Eliya nous avait privé de cela en ayant baignée dans son jus jusqu’à 3 jours après la date prévue. Un appel au papa, incrédule lui aussi, il m’avait tellement entendu dire que je n’en pouvais plus qu’il s’était conditionné pour m’entendre me plaindre jusqu’à la date prévue.

Le clan est prévenu, chacun prend sa place et rempli sa mission….nul besoin de se le dire….l’amour est notre moteur, nous sommes une famille et c’est encore ensemble que cela va nous arriver….le téléphone se sature de ce lien qui nous lie, des messages d’amour à n’en plus pouvoir comme pour combler un manque, son absence….

Penser à prendre sa carte vitale, ses papiers, la valise de la maternité pour lui, pour moi….et là le doute, malgré mes 12 vérifications par jour pour être sûre de ne rien oublier et si pourtant il manquait quelque chose….la panique….Et mon moi maléfique qui se fout de ma gueule en me rappelant que je vais dans un hôpital moderne, en milieu urbain et que mes proches sont véhiculés…et pas dans une étable au fin fond du désert….donc à priori même si il manque un truc….on devrait s’en sortir!

Au prix de sa vie ma sœur qui arrive en moins de 20 minutes, presque surprise de ne pas me voir en train de pousser…me conduit à l’hôpital….entre excitation, appréhension, bonheur et peur….encore une fois on l’avait tellement fantasmer, tellement projeter qu’on se retrouve un peu con là toutes les deux ! Une espèce d’urgence qui s’installe comme si après 9 mois interminables il allait sortir là comme ça sur les tapis de sol de la polo!

Puis vient l’immersion dans le monde merveilleux de la fonction publique hospitalière…..et là d’un seul coup ta conception de l’urgence se modifie un peu….deux heures à attendre avant même d’être reçue par quiconque, bon de quoi cogiter un chouille! Pleurer un peu de fatigue, de stress et de tristesse : penser qu’ils ne se rencontreront pas. Puis ton urgence, genre « je vais accouuuuuuucccchhhheerrrrrr!!!!! » passe à « Madame, on vous garde pendant 12 heures, et on voit ce qu’il se passe? » Heu pardon? Comment ça ce qu’il se passe? Il se passe que j’ai perdu les eaux, que j’ai mal au ventre, que vous allez me mettre les pieds sur les étriers, que je vais pousser deux fois et hop et voilà madame la sage femme ce qu’il va se passer…. Mais non! Ca ne c’est pas passé comme ça….Le plan a échoué!

Alors si il avait été question de la naissance de ma fille : je vous aurai parlé du déclenchement, des kilomètres qu’il m’aura fallu parcourir autour de l’hôpital pour faire « descendre » ma fille, de l’attente interminable avant la potion magique, de l’équipe absolument dépourvue de compassion qu’ont formée la sage femme et l’auxiliaire pour m’expliquer à quel point je ne poussais pas correctement, des 15 heures de travail, du flip de ma sœur qui après un retour d’une pause clop me retrouve avec le masque à oxygène, du vomi vert fluo, de la sage femme qui m’explique que je ne vais pas y arriver, du médecin qui débarque excédé (j’avais du le réveiller), et du « clac »….le « clac » seul son réel dont je me souviens très nettement….bah oui quand ça passe pas madame faut couper….je vous parlerai également de ma fatigue extrême, de ma fille que je n’ai pas pu prendre sur moi dans les premiers moments parce que la suture s’est faite à vif ( et oui la peridurale n’est pas éternelle)…et je vous parlerai de ma sœur traumatisée à vie, ayant l’impression d’avoir assistée à un remake de Massacre au scalpel, à qui on a volé le cordon et à qui on a rien épargné….la pauvre!!!!!

Mais il y a trois mois, j’ai été accueilli dans une chambre, dans laquelle j’ai pu partager un dernier moment avec ma fille seule et lui expliquer que demain tout aurait changé. J’ai envie de vous parler des escaliers que j’ai monté, puis descendu, puis remonter puis redescendu, en pleine nuit : une atmosphère feutrée, un peu flippante quand même (assez proche d’un film d’horreur), le calme….le silence transpercé toutes les10 minutes, puis 5 minutes, puis 3 minutes par mes gémissements de douleur….LES CONTRACTIONS!!!!! Comment vous dire? Je ne sais pas….On oublie…heureusement…sinon personne n’y retournerait….et l’avenir de l’humanité serait sérieusement en péril…et dire que j’avais peur de ne pas reconnaître une contraction….Je remercie les normes handicapés et l’architecte de l’hôpital d’avoir mis des barres d’appuie dans chaque couloir parce que je m’en suis fait des ampoules à les serrer à chaque moment de douleur….. J’aurai envie de vous parler de ma sœur, qui elle n’avait ni besoin d’ouvrir son col, ni mal mais qui a pourtant monté et redescendu chaque marche avec moi….même en riant!!!!

Et le miracle opère…le col est ouvert c’est l’heure de la péridurale….et d’un seul coup ce mec en blouse verte que tu n’as jamais vu, et qui a potentiellement la capacité de te rentre paraplégique, devient quand même ton meilleur ami….Alors j’entends déjà le gang des mères parfaites me dire que la péri (et oui elle l’appelle par son petit nom) ça gâche tout, l’accouchement naturel c’est quand même merveilleux, les sensations et bla bla bla….Alors comment vous dire les filles, chacun son délire….moi je veux bien des sensations mais je veux pas avoir mal…..j’accouche et c’est déjà pas mal….je ne suis pas obligée de faire ça dans d’atroces souffrances….moi la naturel je l’aime bien mais de loin….et puis ça veut un accouchement naturel et ça sort pas acheter son pain sans son make up!!! Comme quoi chacun sa conception du naturel et en ce qui me concerne accoucher sans péridural c’est pas naturel…..

Enfin j’ai envie de vous parler du calme et du sourire de mes deux bonnes fées, qui ont sur nous créer une atmosphère feutrée et sereine, qui nous a permise de trouver du repos…J’ai envie de vous parler des mots de ma sœur dans mon oreille, de sa main sous ma nuque, de son soutien sans faille, de son souffle réglé sur le mien pour m’accompagner dans ce que j’ai fait de physiquement le plus difficile dans ma vie : mettre un enfant au monde… J’entends encore le voix émue de ma sœur me dire qu’elle voyait sa tête….J’ai envie de vous parler de la sensation de sentir mon fils passer de l’intérieur vers l’extérieur, de moi au monde, sans douleur, en silence et dans le calme….Observer les mains tremblantes de ma sœur rompre le cordon, nous séparer, pour mieux me le rendre….

Puis le sentir sur ma poitrine, et instantanément cette explosion à l’intérieur, ce sentiment ultime qui ne se décrit pas, l’amour qui envahit tout, les gestes, les sourires, la pièce….L’ultime homme de ma vie….enfin….!

J’ai envie de vous dire que si j’ai la sensation que la fatigue et le manque de compassion de l’équipe m’ont spoliés l’accouchement de ma fille ; la naissance de mon fils m’a réconciliée avec l’accouchement…C’était doux, c’était calme, c’était feutré, c’était beau….Une grossesse n’est pas l’autre, un accouchement n’est pas l’autre…

Evidemment passé l’émotion, on se visualise sur la table, les pieds dans les étriers, complétement nue, en pleurs, à la merci de l’aiguille d’une sage femme qui a la moitié de votre âge, les bourrelets d’un côté, le placenta de l’autre et on fini par pleurer plus fort sur sa dignité à jamais perdue…..

Mais heureusement Ashley me sourit…

A très vite

 

 

 

 

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